Johnny Winter

L’ange gardien du blues

Depuis ses premiers riffs couchés sur des galettes de cire Made In Texas, Johnny Winter n’a cessé de mener une route certes rocailleuse par moments mais toujours dirigée vers l’amour de la musique. Alors que le coffret 4CD True To The Blues: The Johnny Winter Story célèbre son 70ème anniversaire et restitue sa longue carrière …

lundi 10 février 2014

Depuis ses premiers riffs couchés sur des galettes de cire Made In Texas, Johnny Winter n’a cessé de mener une route certes rocailleuse par moments mais toujours dirigée vers l’amour de la musique. Alors que le coffret 4CD True To The Blues: The Johnny Winter Story célèbre son 70ème anniversaire et restitue sa longue carrière avec une sélection draconienne d’enregistrements studio et live, une évidence nous fait comprendre encore plus la beauté de son parcours : la musique de Johnny Winter est la consécration des rêves un peu fous d’un gamin qui se voyait jouer avec son idole Muddy Waters. Un rêve américain devenu réalité, porté par un des soldats les plus fidèles des causes Rock & Blues…

 

Si vous lui posez la question, Johnny Winter vous répondra sans détour : oui, la majorité de sa discographie a fait les beaux jours du marché pirate (à l’époque où « Bootleg » désignait bel et bien ces disques renfermant des enregistrements qui avaient su échapper au contrôle des artistes et de leurs managers), mais cela ne représente rien à ses yeux. En effet, lorsque l’on défend le Rock et le Blues comme il le fait depuis plus de 6 décennies, l’attitude qui va avec est innée. Paradoxalement peut-être, c’est cette désinvolture qui a permis à Johnny Winter d’ouvrir devant lui les portes de la longévité.

La grande chance des frères Winter est d’avoir bénéficié du soutien de leur famille à l’aube de leur carrière : « Mon père m’a encouragé à jouer, il m’a encouragé à jouer du ukulélé », se souvient Johnny. « Je devais avoir 8-9 ans. Je jouais des chansons que mon père nous avait apprises, à mon frère et à moi. Ma mère jouait un peu de piano. Puis vers 12 ans je me suis mis à la guitare : acoustique d’abord, puis électrique ».

Johnny et Edgar écument ainsi les talent-shows de la région, avant d’enregistrer leurs premières œuvres : « J’ai enregistré mon premier disque à l’âge de 15 ans », aime à préciser Johnny. « C’était incroyable, je n’arrivais pas à réaliser ce que j’étais en train de vivre. J’ai adoré ce moment. C’était un petit studio, très funky avec des boîtes d’œufs sur les murs pour améliorer l’acoustique ». De ces sessions aux studios Gulf Coast (Beaumont) naîtront les chansons « School Day Blues » et « You Know I Love You », succès locaux publiés sur le label Dart. Johnny était alors à la tête de son premier groupe, Johnny & the Jammers.

 

BLUES BROTHERS

Johnny et son frère Edgar, tous deux albinos, ont prouvé que le Blues pouvait avoir de nombreux visages. En l’alliant au Rock le plus pur, ils ont su conquérir non seulement le cœur du public mais aussi celui de leurs pairs. Enfant, Johnny rêvait de jouer aux côtés de son idole Muddy Waters. Il incarne à merveille le personnage d’Auguste avec son caractère bien trempé et ses visions de star de la musique. Edgar se souvient de ces moments où son rôle de Clown Blanc s’est logiquement imposé aux côtés de son frère : « Nous avions des approches très différentes de la musique. Johnny était très ambitieux, très extraverti, il était Johnny « Cool Daddy » Winter avec ses lunettes noires et sa guitare. Il regardait l’émission American Bandstand et lisait les magazines. Il rêvait de devenir une star. J’étais ce gamin un peu bizarre qui savait jouer de tous ces instruments. […] Johnny était plus branché par le Blues brut, tel qu’on le chantait dans les milieux ruraux, et moi je penchais plus pour le Blues de ville, un peu plus sophistiqué. Mes références étaient Ray Charles, B.B. King…. Mais lorsque l’on écoute notre musique, je crois qu’au final, cela reste du Blues, et je pense que l’on me perçoit comme un Rocker Blues ».

  

LÉGENDE VIVANTE

Dans les années 90, le duo qu’il forme avec son frère Edgar inspire les personnages Johnny & Edgar Autumn de DC Comics. Peu flattés par cet hommage indirect, les deux hommes engagent des poursuites contre la célèbre maison d’édition. Cette action sera rejetée par la justice et ne parvient pas, de toute façon, à faire de l’ombre à leur popularité : Johnny et son groupe restent occupés par les interminables tournées qui les mènent aux quatre coins du globe…

Il y a un peu de magie dans l’œuvre de Johnny Winter. Un peu comme un ange du Blues, toujours fidèle au poste et adulé par les plus grands guitaristes de la planète, sa présence dans l’histoire du Rock et du Blues est à jamais fossilisée, comme s’il en représentait un chaînon indispensable. Entre mythes et réalités, Johnny aura certes connu une brève aventure avec Janis Joplin, mais dément avoir joué avec Jim Morrison et Jimi Hendrix

Si Johnny continue de sillonner les routes à un rythme effréné, il reprend le chemin des studios de façon plus assidue au début des années 2000. Il publie « I’m A Bluesman » en 2004 avant de sortir en 2011 « Roots », recueil de standards Blues produit par Paul Nelson. True To The Blues: The Johnny Winter Story n’est pas une conclusion, mais bel et bien l’énième épisode de la longue histoire d’un artiste qui n’a pas songé quitter les planches une seule seconde. La preuve en musique : notre homme a décidé de célébrer ses 70 ans et la sortie de cette somme sonore en donnant un concert-événement le 23 février 2014 au B.B. King Blues Club & Grill à Times Square (New York).

Si le Blues était une église, Johnny Winter en serait le plus illustre pasteur.

Richard Lecocq

Interviews : source LivingLegendsMusic.com