Whipping Boy

Trésors cachés : des albums injustement oubliés

Chaque mois, Legacy prendra le (petit) risque d’essayer de vous convaincre d’écouter un album obscur, oublié ou peu s’en faudra sauf par quelques illuminés bien esseulés dans leur passion pour ces albums « has been avant d’avoir été », alors que franchement, ils méritaient bien mieux….

jeudi 10 septembre 2015

On commence par Whipping Boy « Heartworm ».

Groupe nommé d’après ce curieux usage qu’avaient les anglais de nommer un garçon noble de l’entourage de leurs jeunes rois pour recevoir les engueulades à sa place quand celui-ci se rendait coupable de quelque bêtise, Whipping Boy est une éphémère formation… irlandaise.

Sorti en octobre 1995, Heartworm est leur deuxième album, le seul pour Columbia. Il fête donc précisément ses 20 ans mais gageons qu’aucun magazine, aucune émission, aucun journaliste influent n’ira s’épancher sur cet obscur opus d’un groupe oublié.

Et pourtant pour ceux qui aiment l’indie rock, quelle pépite !

Avec ses chansons sombres et lyriques (ça n’est pas antinomique) baignées d’influence « new wave » (attention: ne pas comprendre Duran Duran, Kakagoogoo ou Spandau Ballet mais plutôt la musique « cold » et exempte de toute racine blues d’Echo and The Bunnymen, The Fall, The Chameleons, Joy Division, My Bloody Valentine, Cocteau Twins, The House of Love qui connut son heure de gloire entre 1979 et disons 1985) « Heartworm » est arrivé trop tard pour surfer la bonne vague du début des 80’s et beaucoup trop tôt pour le revival du milieu des années 2000 (Interpol, Bloc Party, Editors, The Rakes, Maximö Park etc). Pas de chance…

Si ces noms résonnent favorablement à vos oreilles alors plongez et écoutez « We don’t need nobody else » (un hymne noir et puissant, au refrain instantané), « Twinkle », « The Honeymoon is Over » (Ian McCulloch ! sors de ce corps !), « Tripped » (une ballade lancinante portée par le chant grave quasi récitatif de Ferghal McKee, un chanteur habité apparemment légèrement autodestructeur si on en croit certains articles de presse de l’époque) ou encore le magnifique « When We Were Young », sommet de l’album (si vous n’avez que peu de temps, commencez par celle-là !).

Soutenus en France par l’excellent Bernard Lenoir qui les fit jouer au Grand Studio de la Maison de la Radio dans le cadre de ses Black Sessions, la qualité de la musique de Whipping Boy ne suffit donc pas à l’époque à transcender leurs handicaps : leur origine Irlandaise, un non-look terne et peu engageant, une période où cette musique n’intéressait tout simplement plus personne…

Et pourtant les sites influents tels All Music Guide donnent aujourd’hui encore une note de 4,5 sur 5 à « Heartworm ».

Alors ? Convaincu d’aller jeter une oreille ?

Christophe Langris

Écouter l’album  sur Deezer et Spotify