Electric Light Orchestra

Histoire d’une méprise ? La France et Electric Light Orchestra

Alors que Jeff Lynne vient de sortir un magnifique nouvel album d’Electric Light Orchestra –« Alone in the Universe » son premier album de chansons originales depuis 14 ans- et que Legacy propose de luxueuses rééditions vinyl 180 grammes en édition limitée de « Eldorado » (1974), « A New World Record » (1976) et « Out Of The Blue » (1977), force est de constater combien ELO est absent des anthologies françaises sur l’histoire du rock… Cette omerta confine d’ailleurs au mépris pour bon nombre de prosateurs. 

jeudi 21 janvier 2016
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Osons la question : ce mépris ne serait-il pas le fruit d’une méprise ?

Un peu d’histoire : né en 1970 à Birmingham, Electric Light Orchestra se révèle rapidement le véhicule artistique du seul Jeff Lynne. Musicalement, le groupe se caractérise par une musique ambitieuse mêlant leur influence majeure et ouvertement affichée, The Beatles, à des arrangements luxuriants flirtant souvent avec une certaine démesure que d’aucuns parmi les détracteurs d’ELO qualifieront (abusivement !) de « pompiers ». Lynne en effet revendique dès le début du groupe le rapprochement des mélodies et de l’énergie du rock avec l’emphase instrumentale du classique (son premier tube sera une sorte de mash up complètement délirant sur la base du « Roll Over Beethoven » de Chuck Berry avec « des vrais morceaux de Beethoven dedans »).

Après un deuxième et troisième album en 73 (à l’époque le rythme était plus soutenu que maintenant, voyez par exemple le nombre d’albums sortis par Bowie et Led Zeppelin à leurs débuts) lorgnant ostensiblement vers le prog rock, genre musical dominant l’époque en UK, ELO aborde son apogée créative et commerciale entre 1974 et 1979.

En 5 albums, ELO produit son meilleur: « Eldorado » (écoutez « Can’t Get You Out of My Head »), « Face The Music » (avec le tube Evil Woman), le magnifique et bien nommé « A New World Record » (avec « Telephone Line », « Livin’ Thing », « Tightrope »), « Out of The Blue » (avec « Mr Blue Sky » que tout le monde connait en France grâce à la pub SFR) et « Discovery » en 79 (avec « Don’t Bring Me Down »).

Tous sont vraiment d’un niveau exceptionnel tant au niveau des compositions que de l’inventivité des arrangements encore une fois n’hésitant devant aucun chœur, envolée de violons, sons de synthés novateurs (c’est peut-être là, concédons le, que les oreilles d’aujourd’hui auront un peu plus de difficultés). Aucun de ces cinq albums ne dépareille dans ces années 70 où la concurrence en matière de bonne musique fut particulièrement rude.

Alors pourquoi la critique tout particulièrement Française n’a-t-elle jamais vraiment reconnu ELO comme un des grands groupes de cette décennie bénie des Dieux de la musique ?

Osons quelques hypothèses : 

  • Hypothèse 1 : ici on n’aime pas trop les artistes qui montrent trop leurs influences ?
    Lynne est un zélateur des Beatles, il n’en a jamais fait mystère finissant même par collaborer avec George Harrison, Paul Mc Cartney et même à l’anthologie des Beatles. Il aime aussi les Beach Boys, sans aucun doute Queen et/ou Freddy Mercury… Et ça s’entend ! Lynne n’est-il pas en l’occurrence victime de trop de proximité artistique avec ses idoles ?
  • Hypothèse 2 : on a jeté le bébé avec l’eau du bain ?
    Oui… ELO a flirté avec le prog rock à ses débuts, genre globalement peu apprécié d’une critique plutôt biberonnée aux années punk et post punk. Effectivement le prog rock a souvent engendré des monstruosités qu’il vaudrait mieux quelquefois pouvoir oublier (non je ne donnerai pas de noms!). Mais la mise en perspective de la totalité des albums d’ELO montre bien que cette influence fut largement mineure.
  • Hypothèse 3 : imagerie inappropriée et leader (trop) discret ?
    ELO a souvent utilisé pour ses pochettes et ses dispositifs scéniques une imagerie à base de vaisseaux spatiaux rutilants et colorés, finalement à mille lieues du contenu des albums listés plus haut dont l’esprit est carrément « pop » et ouvertement mélodique. Ces pochettes incompréhensibles n’ont-elles pas contribué à brouiller l’image d’un groupe aux contours artistiques déjà complexes.De plus Jeff Lynne a semble t’il toujours été une personnalité plutôt effacée, retranchée derrière sa musique. Il finira par devenir un producteur que ses contemporains s’arracheront pendant les années 80 et 90 (G.Harrison, Roy Orbison, Brian Wilson, Tom Petty…).Même au sein des Travelling Wilburys, peut être l’un des plus impressionnants « Super Groupes » de l’histoire en termes de CV de ses membres, excusez du peu : Bob Dylan, Georges Harrison, Roy Orbison, Tom Petty, Jeff Lynne (quelques dizaines voire centaines de millions de disques au cumul !) il assurait plutôt la production.

Personne n’a de réponses à ces questions et finalement peu importe.

Pour comprendre ce mystère ELO, peut-être faut-il simplement ouvrir le livret du CD du nouvel album.

En double page centrale du livret, il y a une extraordinaire photo en contraste total avec l’imagerie habituelle de l’énorme vaisseau spatial à nouveau repris sur la pochette : on y voit une pièce encombrée d’une multitude d’instruments de musique, batterie, guitares, claviers vintage, et au milieu de cette pièce, qu’on devine être l’antre de Lynne, l’artiste chante complétement seul, devant une baie vitrée. Il a absolument tout fait et tout joué sur « Alone in the Universe » (à part le tambourin disent les notes de pochette et je soupçonne l’humour anglais d’être à l’œuvre).

C’est peut être cette image qu’on doit garder d’ELO/Jeff Lynne: celle d’un artisan génial de la musique, un humain, bien loin des machines et des vaisseaux spatiaux et qui a écrit et composé un sacré paquet de bonnes chansons, quelles que soient les influences qu’on y décèlera.

Christophe Langris

 

Écouter l’album  sur Deezer et Spotify