Elvis Presley

Le king, 36 ème anniversaire

ELVIS AT STAX : LE TRESOR PERDUA l’occasion du 36ème anniversaire de la disparition du King, un coffret documente de façon complète la visite du Roi du Rock N roll au royaume de la Soul, Stax. Retour sur une rencontre improbable enfin réévaluée. 1973 est une année aigre douce pour Elvis Presley. Le 14 janvier, il …

mercredi 14 août 2013

ELVIS AT STAX : LE TRESOR PERDUA l’occasion du 36ème anniversaire de la disparition du King, un coffret documente de façon complète la visite du Roi du Rock N roll au royaume de la Soul, Stax. Retour sur une rencontre improbable enfin réévaluée.

1973 est une année aigre douce pour Elvis Presley. Le 14 janvier, il devient le premier artiste à donner un concert en Mondovision. Le show donné au Honolulu International Arena (Hawaï) lui permet d’écrire une page marquante de l’histoire du rock stadium et de la télévision. Si le King ne sillonne pas le globe pour partir à la rencontre de ses fans en tournée, il parvient à les toucher grâce à la magie du tube cathodique. Plus d’un milliard de téléspectateurs regardent ce show retransmis à travers le monde. Si la radio est le premier média qui a permis à Elvis d’exploser, c’est bel et bien la télévision qui lui donne l’occasion de graver dans l’inconscient collectif cette image intemporelle du Roi du Rock N Roll. Ce concert à Hawaï, avec un Elvis arborant une tenue immaculée sertie d’un collier à fleurs devenue légendaire, est une réponse éclatante au célèbre Comeback Special de 68, où le King, moulé dans une tenue en cuir noir, venait rappeler au monde entier que son exil dans les studios Hollywoodiens n’avaient en rien nui à son génie sur scène.

L’état de grâce médiatique et la ferveur qui entourent ce projet live à Hawaï laissent place à des négociations de contrats censées ramener Elvis sur la route pavée du  succès. C’est ainsi que le manager de Presley, le Colonel Parker, vend les droits du catalogue d’Elvis à RCA pour un montant astronomique à l’époque (5.4 millions de dollars). En contrepartie, le King doit livrer 24 nouveaux enregistrements, à savoir deux nouveaux singles (soit quatre titres), un nouvel album pop (dix titres) et un nouvel album gospel (dix titres également).

 

Cette entente se concrétise alors qu’Elvis gère une épreuve dont, de l’avis de ses proches et de ses plus éminents biographes, il ne se remettra jamais : lui et sa femme, Priscilla, se séparent en février 1972. Le divorce est prononcé en octobre 1973, au moment où Elvis retourne en studio pour coucher sur bandes les chansons qui font partie de son nouveau contrat avec RCA. Cette séparation plonge le Roi dans un spleen relatif qui le conforte dans son souhait de s’isoler entre les murs de Graceland.

 

L’American Studio ayant mis la clé sous la porte, le choix, logique et stratégique des studios Stax s’impose (le studio se trouve à cinq minutes de la propriété du King). C’est dans ce temple de la musique Soul qu’Elvis enregistre en juillet et en décembre 1973 une série de chansons qui vont servir de matière principale à ses trois prochains albums : Raised on Rock / For Ol’ Time Sake (octobre 1973), Good Times (mars 1974) et Promised Land (janvier 1975).

 

Les années 70 sont synonymes de changements pour les labels Soul. Si Motown a décidé de s’installer à Los Angeles afin de tenter de conquérir les studios de Hollywood (un objectif que Berry Gordy, fondateur du label n’aura finalement que très partiellement atteint), Stax (son rival historique) joue de malchance et ressort anémié après des deals de distribution clairement pas à son avantage. En 1968, le label ne renouvelle pas son contrat de distribution avec Atlantic Records. Une sombre histoire de droits sur les masters pousse son co-fondateur Jim Stewart à vendre le label à Paramount. Une mauvaise coordination avec ce nouveau distributeur et les départs successifs des grands noms du label (sans oublier la disparition tragique d’Otis Redding, l’artiste le plus populaire de la maison), poussent Stax à s’affranchir d’un système pour devenir indépendant. Cette liberté a un prix que Stewart et ses équipes n’arrivent pas à payer. Si Isaac Hayes devient la nouvelle figure de proue du label, quelques artistes qui ont installé la renommée de la maison de disques sont partis ailleurs (comme Sam & Dave qui signent un contrat chez Atlantic). C’est donc une écurie affaiblie au bord du dépôt de bilan (ironiquement, le label cesse son activité en décembre 1975, plusieurs mois après la sortie de « Promised Land ») et guettée par un fisc qui soupçonne les dirigeants de Stax de s’acoquiner avec des organisations nationalistes, que le King découvre en juillet 1973.

 

Ce qui devrait logiquement sonner comme un rendez-vous entre deux sommités du monde de la musique (le label Soul de référence et l’empereur du Rock) ressemble à s’y méprendre à un arrangement entre deux amis en souffrance. Cette rencontre aux faux airs de remise en question et de prise de risque (Elvis qui tente de donner une nouvelle direction à sa carrière, et Stax qui accepte d’ouvrir ses studios à des artistes non signés sur le label) laisse, contre toute attente, place à des chansons à la mélancolie assez palpable, même si elles étaient, à l’époque, agencées sur des albums qui contenaient d’autres titres enregistrés ailleurs (notamment dans sa résidence à Palm Springs). Sur ces pistes, Elvis se penche sur la solitude amoureuse (« If You Don’t Come Back ») et se raccroche au passé (« For Ol’ Time Sake », « Talk About The Good Times »).  Le passage d’Elvis dans les studios de Stax ne reproduit pas la magie des sessions à l’American Studio de janvier et février 1969 (d’où proviennent notamment les classiques « In The Ghetto » et « Suspicious Minds », respectivement 3ème et 1er du Billboard) mais il représente cet ultime moment où le King se pose derrière un micro assez longtemps pour immortaliser des perles, qui, distillées sur trois projets différents à l’époque et pour obéir à une certaine rentabilité économique, retrouvent aujourd’hui un écrin qui leur rend justice et permet de mieux comprendre le processus créatif derrière ces sessions.

Négligés au moment de leur sorties et valorisés en 2011 par le label Follow That Dream à travers des rééditions CD confidentielles, ces enregistrements composés de nombreuses prises alternatives ont longtemps été sous estimés. Le temps a finalement fait son œuvre, et ce moment unique entre deux légendes du monde de la musique peut désormais se lire comme une page d’un grand livre d’histoire.

 

Richard Lecocq