Tony Bennett

7 Décennies en musique…

Un roc. C’est sans aucun doute le mot qui vient à l’esprit lorsque l’on évoque le nom de Tony Bennett. Bien au-delà de la simple formule cherchant à louer le talent de cet artiste, il suffit juste de se pencher et de contempler le long palmarès qu’il a su bâtir à travers les décennies pour …

mardi 14 janvier 2014

Un roc. C’est sans aucun doute le mot qui vient à l’esprit lorsque l’on évoque le nom de Tony Bennett. Bien au-delà de la simple formule cherchant à louer le talent de cet artiste, il suffit juste de se pencher et de contempler le long palmarès qu’il a su bâtir à travers les décennies pour se rendre à l’évidence et comprendre qu’il reste un monument autour duquel n’ont cessé de graviter les plus grands noms de la musique (de l’orchestre de Count Basie à Amy Whinehouse). Après plus de 7 décennies passées sur les planches, 17 Grammy Awards et un répertoire truffé d’enregistrements intemporels, Tony Bennett fait partie de cette glorieuse dynastie des grandes légendes vivantes encore en activité.

Bennett est issu de cette génération d’immigrés d’origine italienne qui grandissent dans une pauvreté indéniable au moment où la crise de 1929 fait ses ravages. Grâce à son père il développe une profonde passion pour la musique et la peinture. Ces deux disciplines ne cessent d’ailleurs de le suivre tout au long de sa vie (les dessins de Bennett continuent d’être exposés régulièrement à travers le monde, NDLR). Ses origines modestes et sa participation aux dernières hostilités de la Seconde Guerre Mondiale début 1945 le guérissent de toute vision égoïste du monde. Connu pour être très attaché aux valeurs des Démocrates, cet enfant de New York rend à cette mère d’adoption un hommage à la hauteur des opportunités qu’elle a su lui offrir : en 2001 il crée la Frank Sinatra School of the Arts. Cette école permet à de jeunes artistes de se perfectionner dans différents domaines (danse, musique, théâtre, cinéma).

 

 

TONY, LA POP ET LE ROCK

Mais avant cet hommage rendu au métier et à la Grosse Pomme, rappelons que Tony Bennett a débuté sa carrière au tout début des années 50. Il rejoint Columbia au moment où Sinatra quitte le label pour d’autres aventures. Citant Bing Crosby comme une de ses idoles et références absolues, Bennett veille aussi à ne pas camper le rôle du remplaçant de Frankie et aiguise ainsi son style. Les premiers succès ne tardent pas à s’accumuler comme « Because Of You » (1951) ou encore « Rags To Riches » (1953). Son plus grand hit aux yeux des classements américains reste « In The Middle Of An Island » (N° 9), une chanson de 1957 qu’il avoue pourtant ne pas porter spécialement dans son cœur et qu’il, de toute façon, n’interprétera que rarement sur scène. « I Left My Heart In San Francisco » (1962) décroche la 19ème place du Billboard mais squatte les différents classements pendant plusieurs semaines. Elle symbolise le style Bennett, un tour de force remarquable lorsque l’on sait que ce titre sort au moment où la musique Rock relègue les artistes Pop et Jazz comme lui au second plan.

L’authenticité et la persévérance de Bennett sont sans aucun doute les deux qualités qui lui ont permis de traverser les époques et de s’adapter à chacune d’entre elles. Même si à cause de l’arrivée du Rock, avec Elvis aux USA et les Beatles en Angleterre, la carrière de Bennett cesse de briller pendant une quinzaine d’années, son talent et son dévouement aux belles chansons lui ont permis de ne jamais quitter définitivement l’œil du public. La crise que traverse Bennett à la fin des années 70 (il se retrouve sans contrat d’enregistrement et n’apparait sur scène principalement qu’à Las Vegas) sonne comme un réveil qui, aujourd’hui encore, le tient plus alerte que jamais. Tony aborde les 80’s avec optimisme grâce à la bienveillance de son fils Danny qui devient son manager et entreprend un véritable travail de fond pour réhabiliter l’image de son père auprès d’un public plus jeune, le sauvant ainsi d’une faillite personnelle certaine.

 

L’IMPROBABLE RÉSURRECTION

Tony Bennett et MTV ? L’alchimie semble impossible, et pourtant : fort d’un sublime album (« The Art Of Excellence », 1986), il se montre sur les plateaux télé les plus branchés et attire l’attention inattendue d’un jeune public qui découvre son répertoire en se demandant jusqu’alors qui avait bien pu composer ces chansons si familières. Bennett distille des leçons d’histoire sur le patrimoine américain en musique et répond sans aucun doute à un besoin de sincérité et de simplicité que le public n’espérait peut-être plus dans cette décennie marquée par des très fortes avancées technologiques.

Cette reconnaissance tardive brille de mille feux lorsque Bennett participe à la célèbre série MTV Unplugged. « Unplugged (débranché) ? » lance-t-il de façon ironique. « Mais je l’ai été tout au long de ma carrière !». Si l’exercice du concert acoustique et intimiste a pu paralyser certains jeunes artistes, il reste un terrain de jeu, une sorte de récréation pour Tony qui décide d’immortaliser ce tour de chant et de publier l’album tout logiquement intitulé « MTV Unplugged : Tony Bennett » (1994). Accompagné du fidèle Ralph Sharon Trio, il revisite sur cet opus de 20 plages les grands standards de la musique américaine en plus de son propre répertoire (à noter également les présences de k.d. lang et d’Elvis Costello à ses côtés sur cet album devenu disque de platine).

 

LA LÉGENDE

Après un tel retour (et après avoir reçu un Grammy Award pour l’ensemble de sa carrière en 2001), on aurait pu se dire que la boucle était bouclée, et que ce revival de Tony Bennett sonnait comme une belle conclusion à une carrière exemplaire. Les projets qui suivent donnent tort à cette idée. Les années 2000 sont portées par une certaine vague de nostalgie où les reprises interprétées par des artistes majeurs du monde du disque trouvent l’attention d’un public très réceptif. C’est ainsi que, par exemple, Michael McDonald s’embarque dans la réalisation d’albums hommages au mythique label Motown, couronnés de succès. Bennett saisit la balle au bond et enregistre à l’aube de ses 80 ans « Duets : An American Classic » (2006), en duo avec de nombreuses stars. Question : qui peut se vanter de revisiter un classique de Stevie Wonder – « For Once In My Life » – avec l’artiste lui-même et rafler le Grammy Award de la meilleure collaboration Pop en 2007 ? La réponse est simple : Tony Bennett.  Le maître se consacre corps et âme à ce projet en insistant sur sa présence en studio  lors de la réalisation des duos (il ne s’agit donc pas d’un disque de duos virtuels).

Histoire d’enfoncer le clou, « Duets II » (2011) sort à temps pour célébrer le 85ème anniversaire de Tony.  Ce nouvel album s’installe directement au sommet du top albums américain. Bennett en profite entre temps pour publier un album de Noël (« A Swingin’ Christmas », 2008) et un EP de duos avec le fleuron des stars latines (« Viva Duets », 2012). La sortie de « The Classics » le 13 janvier permet de découvrir un résumé solide et cohérent de sa carrière, sélectionné et mis en forme par Tony Bennett lui-même (dont vous pouvez lire la chronique sur Le Plus du Nouvel Observateur ici). À 87 ans, ce géant d’une autre époque a décidé de ne pas ranger son micro au placard, bien au contraire : il publiera d’ici fin 2014 un album de Jazz enregistré en duo avec l’icône de ces dernières années, Lady Gaga, et dont le titre reste pour le moment « Cheek To Cheek ».  À suivre…

Afin d’illustrer notre focus sur Tony Bennett, écoutez notre playlist de ses plus grands titres dans la playlist « Le Plus playlist de Tony Bennett » en partenariat avec le site Le Plus.

Richard Lecocq